Mission de suivi des projets ABADAS au Burkina Faso  PROMACEL et (DELAN)

Mission de suivi des projets ABADAS au Burkina Faso  PROMACEL et (DELAN)

Décembre 2024 à Février 2025

  • I.  Introduction

    Dans le cadre de ma mission au Burkina Faso, j’ai eu l’opportunité de suivre et d’accompagner deux projets majeurs visant à renforcer le développement local et à améliorer les conditions de vie des populations bénéficiaires. Ces initiatives, bien que distinctes dans leurs objectifs, s’inscrivent dans une démarche commune de promotion de l’autonomie économique et de l’accès à l’éducation et à la formation, deux piliers essentiels pour un développement durable.

    Le projet de soutien à l’autonomisation des mamans célibataires de Koudougou, est porté par l’association ABADAS dans le Morbihan et PROMACEL à Koudougou. Ce projet vise à offrir aux mamans célibataires un moyen de subsistance durable grâce à la création d’un périmètre maraîcher de 3 200 m², équipé d’un système d’irrigation durable.

    Le second projet, « Alphabétisation en langue nationale avec inclusion du numérique à Barkoundouba », a pour objectif de faciliter l’accès à l’éducation pour les adultes, en particulier ceux qui n’ont pas eu la chance de suivre un parcours scolaire classique. Ce programme innovant, qui combine l’apprentissage des langues locales et l’utilisation d’outils numériques, est mis en œuvre à Barkoundba, une localité située à environ 65 km de Ouagadougou. Il est mis en place par ABADAS et l’association DELAN au Burkina Faso

    Le présent rapport détaille l’état d’avancement de ces initiatives, les défis rencontrés, ainsi que les perspectives envisagées pour leur pérennisation.

    • II.  Contexte et localisation du Projet

      1-    Koudougou : Une ville marquée par le rejet des filles-mères

      Située à environ 100 km à l’ouest de Ouagadougou, Koudougou est la troisième plus grande ville du Burkina Faso et un centre économique et éducatif majeur. Connue pour son dynamisme commercial, notamment dans le secteur du textile avec le Faso Dan Fani, la ville est aussi un important pôle universitaire avec l’Université Norbert Zongo.

      Mais au-delà de son développement, Koudougou est l’une des villes les plus touchées par le phénomène du rejet des filles-mères. La tradition y est encore fortement ancrée, et dans de nombreuses familles, une grossesse hors mariage est perçue comme une honte, une transgression des valeurs sociales.

      Conséquence : Beaucoup de jeunes filles enceintes sont rejetées par leur famille et se retrouvent sans ressources ni soutien, exposées à des conditions de vie extrêmement précaires. Livrées à elles-mêmes, certaines sont contraintes d’abandonner leurs études, de vivre dans la rue ou d’accepter des situations d’exploitation.

      C’est face à cette réalité que PROMACEL intervient, en offrant un refuge et un accompagnement à ces jeunes mères, pour leur permettre de retrouver une dignité et construire un avenir pour elles et leurs enfants.

      2-    Boulsin : Un village en quête de solutions durables

      Boulsin est un petit village situé à une dizaine de kilomètres de Koudougou, dans la province du Boulkiemdé. Contrairement à la ville, où la pression sociale peut être plus forte sur les filles-mères, Boulsin présente un cadre rural propice au développement d’activités économiques durables.

      👉 Pourquoi Boulsin est essentiel pour le projet ?

      Il offre un espace agricole permettant aux jeunes mères de se reconstruire à travers l’apprentissage du maraîchage et la création d’une activité génératrice de revenus.

      Moins de pression urbaine et sociale, ce qui en fait un environnement plus favorable à la réinsertion des bénéficiaires.

      Proximité avec Koudougou, facilitant les allers-retours pour la formation et le suivi du projet.

3-    Un défi majeur : Nourrir et loger les mamans célibataires

Koudougou, troisième ville du Burkina Faso, m’a accueilli avec son climat chaleureux et son dynamisme. Dès mes premières visites sur le terrain, j’ai mesuré l’ampleur du travail accompli, mais aussi les défis restants.

Cependant, au-delà des infrastructures, le principal défi aujourd’hui est d’assurer la survie même des bénéficiaires.

Actuellement, Promacel soutient 26 jeunes mamans en situation de grande précarité. Parmi elles :

  • 4 étudiantes poursuivent leur scolarité malgré les difficultés.
  • 20 sont hébergées dans des logements loués par Promacel, leur offrant un cadre de vie sécurisé.
  • 6 vivent chez des tantes ou en familles d’accueil, faute de place disponible.

Mais aujourd’hui, le manque de trésorerie menace directement la stabilité et la continuité du projet. Promacel peine à couvrir :

  • Le loyer des logements, pourtant indispensables à la mise à l’abri des mères et de leurs bébés.
  • L’alimentation quotidienne des bénéficiaires, qui repose actuellement sur des soutiens ponctuels et insuffisants.
  • Les soins médicaux de base, notamment pour les nourrissons qui nécessitent une attention particulière.

Sans ressources stables, ces jeunes mères risquent de se retrouver à la rue avec leurs enfants, remettant en cause tout le travail accompli. Il devient donc urgent de trouver des solutions pour assurer leur sécurité et leur bien-être.

4-    Une nouvelle chance pour des mères en détresse

Koudougou, troisième ville du Burkina Faso, m’a accueilli avec son climat chaleureux et son dynamisme. Dès mes premières visites sur le terrain, j’ai mesuré l’ampleur du travail accompli, mais aussi les défis restants. Lors de mon séjour, j’ai rencontré Sabine Konkobo, une jeune femme qui illustre parfaitement la détresse et la résilience des bénéficiaires de Promacel.

« J’ai connu le père de mon enfant à Koudougou. Il voulait m’épouser, et nous avons vécu une relation pendant deux ans. Quand je suis tombée enceinte, tout a changé. Il m’a forcée à avorter, mais j’ai refusé. Je me suis dit qu’il y avait des femmes qui cherchaient à être mères en vain, alors je ne pouvais pas rejeter ce que Dieu m’avait donné. C’est à ce moment-là qu’il m’a abandonné. »

Perdue, rejetée par le père de son enfant et sans soutien, elle s’est tournée vers l’action sociale, qui a tenté une médiation avec la famille du père. Sans succès.

« Quand je suis arrivée ici, je me suis sentie libérée. J’avais enfin des personnes pour m’accompagner. C’était mon premier accouchement, je ne savais rien de la maternité. Aujourd’hui, je suis en sécurité, et mon bébé aussi. Je me sentirai toujours reconnaissante envers Promacel. Mon enfant saura que c’est grâce à cette association que nous avons survécu. »

Ce témoignage est emblématique du rôle vital que joue Promacel : offrir aux jeunes mamans une seconde chance, un refuge où elles peuvent se reconstruire et envisager un avenir.

 

IV-             Suivi des activités et formations

1-    Première visite (6 au 10 janvier 2025) : Lancement des opérations

Lors de cette première phase, j’ai travaillé avec l’équipe locale sur plusieurs aspects :

  • Révision du budget pour garantir une répartition efficace des ressources.
  • Acheminement de deux ordinateur et une imprimante
  • Mise en place d’un programme de formation en maraîchage pour favoriser l’autonomisation des bénéficiaires.
  • Numérisation des pièces justificatives, un élément clé pour améliorer la gestion administrative et la transparence. 

J’ai également visité le site de Boulsin, où j’ai pu échanger avec le chef local et constater l’avancement des travaux. Le périmètre maraîcher de 3 200 m², conçu pour offrir aux mamans célibataires un moyen de subsistance, était en plein développement. L’un des enjeux majeurs était l’accès à l’eau, indispensable à la réussite du projet. Un puits de 17 mètres équipé d’un système de pompage solaire était en construction, mais il restait encore deux mètres à creuser lorsque je suis arrivé.

2-    Deuxième visite (15 au 18 janvier 2025) : Obstacles et ajustements

Cette semaine a été marquée par un imprévu : un épisode de paludisme m’a immobilisé pendant deux jours, limitant mes déplacements. Toutefois, j’ai pu rencontrer APAD Sanguié, un des partenaires du projet, pour finaliser la mise en place des formations. Ces rencontres ont consisté à discuter sur les modalités de la formation en maraîchage, y compris les modules à couvrir et le calendrier des sessions.

3-    Troisième visite (17 au 21 février 2025) : Formation et premiers semis

Lors de cette visite, j’ai participé activement à la formation des bénéficiaires, qui ont appris à :

  • Mettre en place des cultures (piments, aubergines, tomates).
  • Utiliser des techniques agroécologiques (compostage, utilisation de pesticides naturels).
  • Stocker et conserver leurs récoltes pour éviter les pertes et optimiser leur autonomie alimentaire.
  • Préparer la commercialisation des produits.

Voir ces femmes progresser et prendre confiance en elles a été l’un des moments les plus marquants de ma mission. Elles ne se contentent pas de cultiver la terre, elles cultivent aussi leur indépendance et leur dignité.

4-    Échéancier et priorités

a-     Priorité urgente : Assurer la sécurité alimentaire et le logement des mamans célibataires

Mobiliser des fonds pour garantir le paiement des loyers et éviter l’expulsion des bénéficiaires.

Rechercher des partenariats pour assurer une distribution alimentaire régulière.

Développer un modèle de financement durable pour pérenniser le programme.

b-    Autres priorités :

Finalisation du puits et installation du système de pompage solaire.

Lancement des premières récoltes.

Construction d’un petit magasin de stockage pour sécuriser le matériel agricole et les récoltes.

Organisation des circuits de commercialisation (Boulsin, Koudougou).

5-    Conclusion

Aujourd’hui, Promacel joue un rôle crucial dans la vie de ces jeunes mamans et de leurs bébés. Mais sans un soutien financier renforcé, l’association risque de ne plus pouvoir assurer le minimum vital : un toit et de quoi se nourrir.

Cette mission m’a profondément marqué, car elle m’a montré à quel point ces femmes se battent chaque jour pour un avenir meilleur. Si nous voulons garantir la réussite du projet, il est essentiel d’assurer en priorité la stabilité des conditions de vie des bénéficiaires avant même de parler d’autonomisation.

L’engagement de nouveaux partenaires, un soutien financier plus structuré et une meilleure organisation des ressources seront déterminants dans les prochains mois.

 

VI- Suivi du projet d’alphabétisation en langue nationale avec inclusion du numérique à Barkoundouba (DELAN)

1-    Contexte et enjeux

Barkoundouba est un village situé à environ 65 km à l’est de Ouagadougou, dans une zone rurale où l’analphabétisme reste un défi majeur. La majorité des habitants n’ont pas eu accès à une éducation formelle, et la barrière linguistique constitue un frein supplémentaire, car l’enseignement traditionnel se fait majoritairement en français, alors que la population locale parle essentiellement les langues nationales.

C’est dans ce contexte que le projet DELAN (Développement de l’Éducation et des Langues Nationales) a été mis en place, avec pour objectif de permettre aux adultes d’acquérir des compétences en lecture et écriture dans leur langue maternelle tout en intégrant des outils numériques pour faciliter l’apprentissage.

Ce programme vise à :

  • Réduire l’analphabétisme en milieu rural, en enseignant en langue nationale pour un apprentissage plus accessible.
  • Initier les apprenants aux outils numériques, afin de leur donner de nouvelles opportunités d’apprentissage et d’insertion économique.
  • Créer un modèle éducatif inclusif, qui tienne compte des réalités locales et des besoins spécifiques de la communauté.

2-    Objectifs de la mission

  • Assurer le suivi de la mise en place du centre d’alphabétisation et évaluer les premiers résultats.
  • Accompagner la formation des formateurs en langue nationale et sur l’usage des outils numériques.
  • S’assurer de la mise en place des équipements nécessaires à la formation (ordinateurs, supports pédagogiques, logiciels éducatifs).
  • Renforcer les liens avec les partenaires locaux pour assurer la pérennité du projet.

3-    Activités réalisées

a-     Formation des formateurs : 18 janvier 2025

La première étape a été de participer à la formation des enseignants et encadreurs qui allaient accompagner les apprenants tout au long du programme. Cette formation a porté sur :

  • Les techniques d’enseignement en langue nationale, adaptées à un public adulte.
  • L’utilisation des outils numériques dans le processus d’apprentissage.
  • La méthodologie d’évaluation pour mesurer l’impact du programme.

 

b-     Rentrée scolaire : 3 février 2025

Le centre d’alphabétisation a ouvert ses portes à 30 apprenants dont un homme , un nombre encourageant qui démontre l’intérêt des populations locales pour ce type de programme.

Lors de cette journée, nous avons :

 

    • Installé 18 ordinateurs de bureau, équipés de logiciels éducatifs adaptés à l’apprentissage des langues nationales.
    • Distribué les premiers supports pédagogiques, qui combinent supports écrits et numériques.

 

  • Échangé avec les apprenants, pour mieux comprendre leurs attentes et leurs besoins.

c-     Les défis rencontrés et ajustements nécessaires

Malgré le bon démarrage du projet, certains défis doivent être relevés :

  • Accès à l’électricité et à internet instable : certains équipements ne peuvent pas être utilisés en continu, nécessitant l’installation prochaine de panneaux solaires.
  • Besoins de formation continue des encadreurs : l’introduction du numérique nécessite un accompagnement technique régulier.
  • Renforcement du suivi des apprenants : un système d’évaluation doit être mis en place pour mesurer l’évolution des participants.

4-    Échéancier et priorités

  • Actions prioritaires :

  • Déploiement du programme d’apprentissage et ajustements selon les retours des formateurs et des apprenants.
  • Finalisation de l’installation du matériel informatique (réseaux internet, serveur rasberry-p) avec une solution énergétique adaptée.
  • Mise en place d’un système de suivi et d’évaluation des progrès des apprenants.
  • Autres objectifs :

  • Sensibilisation des communautés locales pour augmenter le nombre de bénéficiaires.
  • Renforcement des partenariats pour assurer le financement du projet à long terme.
  • Développement de contenus pédagogiques supplémentaires, adaptés aux réalités locales et aux besoins spécifiques des apprenants.

5-    Conclusion

Le projet d’alphabétisation à Barkoundouba marque une avancée significative dans l’accès à l’éducation pour les adultes en milieu rural. L’intégration du numérique ouvre de nouvelles perspectives d’apprentissage, en rendant l’éducation plus accessible et interactive.

Toutefois, des défis restent à relever, notamment en ce qui concerne les infrastructures énergétiques et le suivi des bénéficiaires. Il est essentiel de consolider les acquis, d’améliorer les outils pédagogiques et d’assurer un accompagnement constant des formateurs pour maximiser l’impact du projet.

Ce programme représente une lueur d’espoir pour de nombreuses personnes qui, jusque-là, n’avaient jamais eu l’opportunité d’apprendre à lire et écrire dans leur propre langue. Son succès dépendra des efforts conjugués des partenaires, des encadreurs et de la mobilisation locale.